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Les vitraux de Chagall à Reims relient Bible, sacres et lumière gothique

Éléonore Vergnaud-Lavielle 7 min de lecture
Cathédrale de Reims vitraux chagall, lumière traversante et personnages

Les vitraux de Marc Chagall à la cathédrale Notre-Dame de Reims se trouvent dans la chapelle d’axe, au fond du déambulatoire. Inaugurées le 14 juin 1974, ces trois grandes verrières associent les récits bibliques, la généalogie du Christ et plusieurs épisodes de l’histoire rémoise. Pour les comprendre, mieux vaut les regarder comme une composition d’ensemble que comme trois images séparées.

Repérer les vitraux de Chagall dans la cathédrale

Depuis la nef, avancez vers le chœur, puis contournez-le par le déambulatoire. La chapelle d’axe, située dans le prolongement de l’édifice, abrite les verrières de Chagall. Leur emplacement permet de les découvrir au terme de ce parcours autour du chœur.

Vitraux de Chagall dans la chapelle d’axe de la cathédrale de Reims
Vitraux de Chagall dans la chapelle d’axe de la cathédrale de Reims

L’ensemble couvre environ 75 m² et s’élève sur près de 10 mètres. Il comprend six lancettes, c’est-à-dire de hautes baies verticales, ainsi que trois rosaces. La lumière extérieure traverse le verre coloré et se diffuse sur les pierres claires de la chapelle. Les scènes changent donc selon les conditions lumineuses : un ciel couvert fait ressortir les contrastes, tandis qu’une lumière plus franche intensifie les bleus, les rouges et les jaunes.

Une œuvre à observer avec recul

Commencez à quelques pas pour saisir l’équilibre général des trois fenêtres, puis approchez-vous pour identifier les personnages et les épisodes. De loin, la lumière et les grandes masses colorées forment une image continue. De près, elles se décomposent en fragments, silhouettes, gestes et symboles. Cette alternance entre vue d’ensemble et observation attentive permet de suivre la composition, du récit biblique à la mémoire des sacres.

Une création contemporaine née d’un dialogue avec le gothique

Marc Chagall découvre Reims en 1957. Une commande est mentionnée dès 1958, mais la réalisation des verrières s’étend de 1968 à 1974. L’installation dans la chapelle d’axe est officiellement décidée en 1971. Les nouveaux vitraux remplacent alors des verrières du XIXe siècle réalisées par Coffetier et Steinheil.

Localisation de la cathédrale Notre-Dame de Reims

Pour traduire ses projets dans le verre, Chagall travaille avec le maître-verrier Charles Marq, associé à l’atelier Jacques Simon, devenu l’atelier Simon Marq. L’artiste conçoit les figures, les rythmes et les couleurs. Le maître-verrier adapte ensuite ces choix aux procédés de fabrication et aux dimensions des baies, tout en tenant compte de l’architecture de la cathédrale.

Des maquettes à la lumière du verre

Le travail préparatoire commence avec des morceaux de tissu collés sur des maquettes, puis se poursuit à la gouache sur des formats plus grands. Cette méthode aide Chagall à organiser de vastes champs colorés et des transitions souples. Le résultat n’imite pas les vitraux médiévaux : il entre en dialogue avec eux. Les bleus ont notamment été pensés pour s’accorder avec les anciens bleus de la cathédrale, sans effacer le style très reconnaissable du peintre.

L’inauguration du 14 juin 1974 fait entrer une œuvre figurative du XXe siècle dans un monument gothique associé aux sacres des rois de France. Les verrières prolongent ainsi la vocation narrative du vitrail : transmettre des récits par la couleur et la lumière, tout en inscrivant une création contemporaine dans un édifice historique.

Lire les trois fenêtres : de l’Ancien Testament à l’histoire de Reims

Les trois verrières suivent une progression. À gauche apparaissent l’attente messianique et la généalogie ; au centre, le lien entre les patriarches et le Christ ; à droite, la mémoire chrétienne et royale de Reims. Les scènes se répondent sans se limiter à une simple chronologie.

Découvrir les vitraux d’Imi Knoebel à la cathédrale de Reims | La présentation officielle de la création de 2011 d’Imi Knoebel, installée aux côtés des vitraux de Marc Chagall.

Fenêtre Éléments principaux Idée directrice
Gauche Arbre de Jessé, prophètes, Vierge La généalogie et l’attente du Christ
Centrale Abraham, Isaac, Jacob, anges, Christ en croix Le passage de l’Ancien au Nouveau Testament
Droite Baptême de Clovis, sacre de Saint-Louis, sacre de Charles VII La vocation historique et spirituelle de Reims

L’Arbre de Jessé, une généalogie devenue image

La fenêtre de gauche s’organise autour de l’Arbre de Jessé. Dans l’iconographie chrétienne, Jessé est le père du roi David. L’arbre qui naît de lui exprime la lignée conduisant à la Vierge, puis au Christ. Ce motif ne montre donc pas seulement une famille : il traduit l’idée d’une promesse transmise d’une génération à l’autre.

Dans la rosace, des prophètes et des figures bibliques accompagnent cette attente. Isaïe, Jérémie, Daniel, Jonas, Job et Moïse sont mentionnés autour d’Élie. Leur présence rappelle que la venue du Christ est annoncée et préparée par l’Ancien Testament. La généalogie devient ainsi une image du temps qui relie les générations et les récits bibliques.

Abraham, Isaac et le Christ au centre

La baie centrale rassemble Abraham, Isaac, Jacob, des anges et le Christ en croix. Dans la lecture chrétienne traditionnelle, le sacrifice d’Isaac, interrompu dans le récit biblique, préfigure le sacrifice du Christ. Chagall ne propose pas une illustration rigide de cet épisode. Il rapproche les figures dans une composition mouvante, où le bleu enveloppe le drame sans en réduire l’intensité.

Cette fenêtre relie les deux grandes parties de la Bible. Les patriarches portent la mémoire des alliances anciennes ; le Christ en croix en représente l’accomplissement chrétien. Les anges introduisent une circulation entre la terre et le ciel, entre le récit humain et la vision spirituelle. Le centre de la composition assure donc la transition entre la généalogie de gauche et l’histoire rémoise de droite.

Pourquoi Reims apparaît dans une œuvre biblique

La fenêtre de droite inscrit le cycle dans l’histoire locale. On y reconnaît le baptême de Clovis, le sacre de Saint-Louis et celui de Charles VII. Ces épisodes renvoient à la place de Reims dans l’histoire de France : la cathédrale est associée au sacre des souverains.

La présence de l’histoire royale prolonge la lecture biblique. Elle relie la cité, la foi chrétienne et la mémoire nationale. Après l’Arbre de Jessé et les patriarches, les sacres montrent comment une tradition religieuse s’inscrit dans un lieu concret, marqué par des cérémonies, des récits et des images. La composition passe ainsi de l’histoire du salut à celle de la cathédrale et de la ville.

Distinguer Chagall des autres vitraux contemporains

La cathédrale de Reims ne se limite pas aux vitraux de Chagall. Elle conserve ou accueille plusieurs interventions modernes, dont une petite rose de Jacques Simon, posée en 1937, ainsi que les créations d’Imi Knoebel. Installés dans le voisinage des œuvres de Chagall, les vitraux de Knoebel reposent sur une approche abstraite fondée sur les couleurs fondamentales.

La différence se repère rapidement. Chagall raconte : ses personnages, ses animaux, ses anges et ses épisodes historiques permettent une lecture figurative. Knoebel travaille plutôt les rapports entre formes et teintes. Ses vitraux de 2011 développent le bleu, le jaune et le rouge en neuf nuances. Les trois verrières supplémentaires offertes en 2015 utilisent vingt-sept nuances.

Lors de la visite, cherchez donc Chagall dans la chapelle d’axe, puis observez les œuvres voisines comme un autre langage visuel. Cette proximité met en regard deux démarches : d’un côté, une composition figurative nourrie par la Bible et l’histoire de Reims ; de l’autre, une organisation abstraite des couleurs. Ensemble, elles montrent comment une cathédrale ancienne peut accueillir des créations de périodes différentes sans effacer son patrimoine médiéval.

Éléonore Vergnaud-Lavielle

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